EDITO - 22 novembre 202 - par Philippe Zaouati

Dans son dernier roman, moins inspiré que l’émouvant « Art de perdre » qui lui avait valu plusieurs récompenses, Alice Zeniter pose néanmoins une réflexion utile sur l’engagement dans une société qui se disloque et qui perd ses repères.

Comment s’engager quand on est un ou une trentenaire en France aujourd’hui ? Comment participer à l’élaboration de nouveaux communs ? Comment se battre contre les injustices ou contre la violence ? Comment se sentir acteur des transformations en cours ? Vaste question alors que l’abstention aux élections ne cesse d’augmenter, notamment parmi les jeunes et que la radicalité est une option qui devient acceptable pour certains d’entre eux.

Dans « Comme un empire dans un empire », Alice Zeniter nous présente un panorama des formes d’actions. Antoine est l’assistant parlementaire d’un député socialiste, Salam a créé une association pour les droits des femmes, Xavier est retourné dans sa Bretagne natale pour créer une sorte de ZAD dans laquelle se retrouvent des militants de la première heure et des « suiveurs » qui s’agglutinent aux dernières modes. L. enfin, dont on ne connaîtra pas la véritable identité, est une hackeuse. Elle a connu ses heures de gloire dans l’armée des Anonymous, son compagnon vient de se faire arrêter par la police et mis en prison, et elle se terre dans l’angoisse et le silence. Pour chacun d’eux, le monde se divise entre le « dedans » et le « dehors ». Pour Xavier, c’set la ZAD contre les villes bourgeoises et mondialisées. Pour Antoine, c’est l’Assemblée Nationale et le reste du monde. Pour L. c’est évidemment le monde obscur de l’internet où elle se meut comme un poisson dans l’eau et le monde réel, la « viandosphère ».

Aucun ne parait avoir trouvé la voie vers un monde meilleur. Sortis de leur monde clos où ils ont le sentiment d’agir, l’impression de changer les choses et que cela commence à « bouger », ils semblent perdus, incapables de connecter leurs luttes du « dedans » avec les conséquences qu’elles peuvent avoir « dehors ».

Ce que montre finalement Alice Zeniter, c’est qu’à une société cloisonnée, inégalitaire, souvent violente, se superpose une lutte elle-même cloisonnée. Les ZADistes ne parlent pas aux partis politiques qui ne comprennent rien au monde des hackeurs. Il n’y a pas de convergence des luttes. Chacun méprise les moyens de combat des autres. Pendant ce temps, le système poursuit sa route, avec son inertie, ses règles et son aptitude à s’accommoder des contestations.