Par Philippe Zaouati.

Autant le dire tout de suite, je ne connais pas grand chose au puceron et à la jaunisse de la betterave. Mon opinion sur la décision prise par le gouvernement de ré-autoriser partiellement l’utilisation des néonicotinoïdes est donc avant tout politique.

De ce point de vue, c’est une décision catastrophique.

D’abord parce qu’une fois de plus, elle « démonétise » la ministre de l’écologie en montrant clairement vers où penche le balancier lorsque des arbitrages doivent être rendus. Il y aura eu le glyphosate pour Nicolas Hulot. Le poids gouvernemental de Barbara Pompili n’aura pas duré plus de quelques semaines. C’est sa propre loi qui est remise en cause.

Ensuite parce qu’elle donne un signal aux agriculteurs : il est inutile de chercher à s’adapter ou à changer de modèle, au moindre problème, nous reviendrons au monde d’avant.

Alors on nous explique que la filière allait mourir et que l’indemnisation était impossible. A l’heure du Covid et du plan de relance de 100 milliards, avouons que cette explication tient difficilement. Ainsi, on saurait indemniser Air France et le secteur aéronautique pour l’aider à traverser la crise, mais pas le secteur sucrier ?

On dit aussi qu’il n’y a pas d’alternative technique à ce produit tueur d’abeilles. Admettons. Il semble qu’une filière de betterave bio se développe, notamment en Allemagne, mais encore une fois, je ne suis pas un spécialiste. Cela étant dit, cette réthorique de « l’alternative » est un piège. Bien entendu, nous ne trouverons pas d’alternative, produit nocif par produit nocif. Il ne s’agit pas d’additionner une série d’alternatives, mais de créer UNE alternative à l’agriculture industrielle, chimique et intensive. C’est ce message-là que l’on aimerait entendre.

En synthèse, le problème n’est pas technique et réduit à un sujet de jaunisse de la betterave sucrière. Les conséquences à long terme de la sécheresse, dont nous savons qu’elle va s’aggraver dans les prochaines années, sera d’une autre ampleur que les attaques du puceron. Le problème est stratégique et politique : quelle agriculture veut-on construire ? Va-t-on encore longtemps retarder le moment inévitable de cette transformation ? Tant que ce message fort ne sera pas audible de la part du gouvernement, toutes les décisions d’ajustement techniques, fussent-elles raisonnables et limitées, passeront pour des reculades et saperont le discours volontariste sur l’écologie.